La liste

Tu t'appelles Maxime. C'est pourquoi tu fêtes ton anniversaire à Courtepaille.
Tu t'appelles Louis. C'est pourquoi Maman lave tes slips souillés.
Tu t'appelles Myriam. C'est pourquoi tu considères que la voyance est une science.
Tu t'appelles Valérie. C'est pourquoi tu fumes à domicile et que tes murs sont jaunes.
C'est ainsi.

Ces textes sont protégés par le Code de la protection intellectuelle.

Pour plus d'informations : phm.work@gmail.com



76//Yves

Yves est un retraité à la moustache épaisse, à la calvitie responsable. Sa voix, profonde, rassurante, évoque un Jean-Pierre Marielle sans humour. Avant la retraite, il était enseignant délégué SNES.

C’est ainsi que trois mois par an, il sillonne le Maroc et le Sénégal en direction du pays Dogon, en compagnie de sa femme, dans leur 4x4 dont la vitre arrière est couverte d’autocollants de dromadaires et de palmiers.

Car ce qu’Yves aime par-dessus tout, c’est le voyage.

Selon lui, le voyage, c’est la rencontre, la découverte de l’Autre, et donc, quelque part, de soi-même. C’est se perdre, pour mieux se retrouver, c’est tendre la main à la différence. Dire au revoir à l’indifférence. Un acte humaniste en somme. Presque un acte de résistance.

Voilà pourquoi pendant l’année, il rend hebdomadairement visite à sa boutique Orange, ou à l’antenne tourangelle de la MGEN, pour y rafler par poignées de douze leurs stylos à bille promotionnels. Il les stocke une fois chez lui dans un cabas Carrefour biodégradable : il les distribuera aux enfants du soleil.

Yves aime la photo, surtout quand elle lui permet de saisir cette petite étincelle de vrai, cette lueur d’authenticité que nous avons perdue depuis si longtemps, nous les Occidentaux. Pour l’obtenir, il distribue des Pepito aux petits Maliens, et photographie le premier dont le visage et les dents sont couverts de miettes. Il remballe son matos dès que ça réclame.

Yves tient un carnet, où il note ses impressions de voyage. Il y cite Théodore Monot, Gérard Holtz, et compare les prix du diesel selon les « patelins », croque les griots et les bolides du Dakar, qu’il encourage tous les ans assis sur son fauteuil pliant : « Vas-y fonce, bordel ! ». C’est une fois l’an : « faut pas être snob, non plus ».

Yves et sa femme font Essaouira. Quand ils ont fait Essaouira, ils font  le désert. Une fois le désert fait, ils font Dakar. Après Dakar, ils refont un peu de désert avant de faire Bamako. Enfin, ils font le pays Dogon, et au bout de trois mois, ils estiment avoir « fait le tour ». Trois mois, c’est impeccable : ils ont même fait des économies.

Ils ramènent à leurs petits-enfants des bouteilles remplies de « vrai sable de là-bas. »

Yves fait des soirées diapo.

« Ca, c’est Mamadou, notre guide. Il était marrant avec son dromadaire ! ».

Le reste de l’année, Yves milite pour un jumelage Joué-lès-Tours / Antananarivo (« Joué/Tana »), et organise des conférences-débats « autour du thème des libertés » - c’est-à-dire contre un projet d’incinérateur intercommunal.

Sûr de son coup, Yves attend la confirmation de Stéphane Hessel.