Tu t'appelles Maxime. C'est pourquoi tu fêtes ton anniversaire à Courtepaille.
Tu t'appelles Louis. C'est pourquoi Maman lave tes slips souillés.
Tu t'appelles Myriam. C'est pourquoi tu considères que la voyance est une science.
Tu t'appelles Valérie. C'est pourquoi tu fumes à domicile et que tes murs sont jaunes.
C'est ainsi.
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A 32 ans, Julien aime les gens pas conventionnels. La vue d’une femme au crâne rasé lui fait toujours dire : « putain, t’es trop belle, toi ». Préposé à la BU de Grenoble 2, Julien écoute Radio Libertaire 35 heures par semaine en zonant sur Meetic. Il s’y décrit – en bidouillant son âge et sa photo – comme un doctorant en philo (« Spinoza, Deleuze, tout le toutim ») qui se prend pas au sérieux. En effet, il trouve Sébastien Chabal « trop marrant » et corrige le mot « spam » en « pourriel ». Il signe ses rares mails d’un « littérairement vôtre ». Vêtu d’un Levi’s noir, son uniforme, et d’un pull camionneur large et gris, il adore s’en fumer une petite avec une pucelle de LEA qu’il appelle Mistinguette et à qui il propose un clope, l’air malin. Il cache alors son front dégarni en rabattant sa mèche et commence sa phrase par « moi, quand j’étais à ta place, tu sais… », suivi d’un clin d’œil et du dévoilement de sa dentition incomplète. Pas rien : Julien boit d’importantes quantités de Nestea.
Initialement publié dans Chronic’Art #79 : http://www.chronicart.com/

En règle générale, Pierre n’est pas tout à fait d’accord avec ce que tu viens de dire. Il y déplore le manque de précision, à grand renfort de tics faciaux. Et s’il pèse le pour et le contre devant le rayon PQ d’un Leclerc orléanais, c’est parce qu’il est chercheur. Pour France Emballage, certes. Mais comme il n’a rien contre la vulgarisation, il préfère dire « au CNRS ». Protestant dans l’âme, Pierre accorde une importance primordiale aux valeurs, au premier rang desquelles il place l’hygiène intime. L’éthique n’arrivant pas loin derrière, il ne porte que des slips écrus, dont il vérifie la probité à l’heure du pyjama (19h30). Pendant ses études, Pierre jugeait ridicule de dépendre du même ministère que les profs de sport, et trouve qu’il n’y a rien de plus con que d’aller à la plage, à part, peut-être, aller boire un verre ou critiquer Claude Allègre. Pour autant, Pierre ne crache pas sur un brin de rigolade de temps en temps, que lui fournit le site Perlesdubac.fr. Chaque semaine, il s’octroie même un petit plaisir coupable : le visionnage du Dessous des cartes, bien que selon lui, « ils abusent des couleurs ».
Initialement publié dans Chronic’Art #79 : http://www.chronicart.com/

Si Johann s’était appelé Yohann, il aurait arboré un petit diamant de plastique en guise de boucle d’oreille dès ses 4 ans, craché sur ses adversaires au foot et considéré la queue de rat comme un principe de séduction. Las, Johann, le vrai, a passé son enfance déguisé en Robin des bois, mangeant des Petits écoliers de LU à tous les goûters et s’intéressant à l’apnée grâce à Luc Besson. Enfant puis adolescent sans écart de conduite, il dérapa une fois, proposant à sa cousine Julie (l’année des J) de l’« enculer à sexe ». Johann, la trentaine aujourd’hui, a réussi son pari : son parcours d’accro-branche commence à marcher, ils installent même une piste noire pour les foufous. A l’instar de ces derniers, « Jo » envisage le pantacourt comme un mode de vie. Evidemment, il connaît une histoire, un pote à lui qui s’est chié dessus, et ça coulait par le bermuda, avec le harnais, t’imagines… Johann n’est pas très drôle. De plus, lors d’une sortie kayak, il achète des packs de Panaché.
Initialement publié dans Chronic’Art #79 : http://www.chronicart.com/

Michel, 62 ans, a le cheveu blanc, jaune, rare mais très long. Du coup, il fait un tabac sur Meetic. Il sert de compagnon occasionnel aux vieilles divorcées du sud de la France. Après une première nuit d’amour, elles n’ont plus d’yeux que pour cet original, que lascivement elles surnomment Mickey, à sa demande. Michel aime à se définir comme un hédoniste : « Moi j’aime la vie, moi », murmure-t-il en trempant sa moustache dans le rouge à lèvres qu’elles ont plein les dents. Michel ne nie pas son vieux côté baba cool. En attestent ses pantalons zoulous fluos et ses t-shirts humoristiques (« Nique »). Lesquels ont succédé au survet’ martial que son employeur, une société de gardiennage stéphanoise, lui a fait enfiler tous les matins pendant quarante ans jusqu’à la quille. Quant à sa Méharie orange, elle remplace sa légitime, dont il ne veut pas le divorce (« pension alimentaire »). Michel vient de lancer la première pizzeria échangiste (Le Basilic Instinct), pas au Cap d’Agde mais presque (« impôts locaux »). Comme de bien entendu, il escroque la CAF.
Initialement publié dans Chronic’Art #78 : http://www.chronicart.com/

Patrick, 51 ans, trouve l’invention de la table billard transformable clairement plus ingénieuse que celle d’Internet. Homme élégant, aux joggings repassés, Patrick a fait le choix d’un style passe-partout, si ce n’est son briquet, orné d’une photo de femme, à poil, qui se doigte. Si personne ne connaît vraiment son métier – il travaillerait à l’usine – tous se souviennent du combat qui fit de lui une icône, à Oye-Plage : à la ducasse, alors qu’on avait refusé à Mikaël, un de ses gamins, l’entrée au « bateau pirate géant qui fait dégueuler », Patrick avait frappé un forain. Chez lui, lorsqu’il tombe sur sa photo de mariage accrochée au-dessus du plasma 127 cm, il remarque qu’à l’époque, Valérie était déjà grasse. Patrick a trois garçons : les deux premiers ont un DUT ; le troisième est au chômage, mais il est champion départemental de bowling. Naturellement, Patrick préfère ce dernier. Tatillon, Pat s’occupe beaucoup de sa 406, mais sa maison pue le chien.
Initialement publié dans Chronic’Art #78 : http://www.chronicart.com/

Amélie insiste : « La tomate est un fruit ». S’agissant de la mode, elle est moins catégorique. Dans une jupe droite en jean Gémo, elle gère le bibliobus de plage, à Biville-sur-Mer, dans la Somme. C’est là qu’elle a fait la connaissance de Ludo, un animateur sportif désireux de découvrir la philosophie et la science. Elle lui conseilla Les Fourmis. En lui rendant l’ouvrage, métamorphosé, il l’invita tout naturellement au Flunch. Ce midi-là, elle avait mis ses boucles d’oreille ananas ; elle prit le Menu express steak haché 125 g. C’était sympa. Hautboïste, elle a hérité du virus familial. Ses parents, mélomanes, géraient le deuxième plus gros fan club français de C. Jérôme. Pour sa part, elle préfère Charlélie Couture, plus foutraque. Elle l’a déjà rencontré en backstage, dans la salle polyvalente Pierre Bérégovoy, après un show. Ce soir-là, elle avait un peu forcé sur le cidre. Depuis peu, Amélie se sent prête à faire l’amour, à s’offrir : Ludovic est peut-être le bon.
Initialement publié dans Chronic’Art #78 : http://www.chronicart.com/

Michaël avait prévu la crise. Il avait aussi prévu DSK : “Qu’est-ce que tu croyais ?”. Quant à Mohamed Merah, il l’avait vu venir : “Fallait bien que ça arrive”. Tout comme le score de Marine : “Je te l’avais dit”. Ces histoires, ça le fait bien marrer, Michaël (32 ans, agent Carglass), vu qu’il est cynique : “Moi, je suis cynique”. Afin que ce soit bien clair, il répète “faut bien crever de quelque chose” dès qu’il allume une Chester et détaille en rigolant les facéties de la saga Saw, qu’il possède en Blu-Ray. Contrairement aux autres, Michaël sait pertinemment que le monde va un jour s’écrouler (“Ca va péter”), qu’on est que des “morbacs accrochés aux burnes de l’univers”. Il estime donc que “faut pas se leurrer”. C’est la raison pour laquelle il ne croit ni aux élections, ni au mariage mixte, et ricane abondamment quand il entend les mots “développement durable”. Malgré tout cela, Michaël a connu le bonheur, quand un client lui a demandé si c’est lui “qui fait la voix de Bruce Willis”.
Initialement publié dans Chronic’Art #77 : http://www.chronicart.com/

Assureur de profession, Jacques se décrit pourtant comme un bibliovore insatiable. Un “boulimique de bouquins”, assume-t-il en amoureux de la “musicalité de la langue”. Créateur d’un forum dédié au polar, il officie sous le pseudo de Sherlock_de_Tulle. Ce Corrézien toujours bien rasé et équipé de lunettes demi-lunes se marre bien, rapport à l’échec des “Aïe-pads” et autres “I-boucs”. Car ce que Jacques aime par-dessus tout, c’est l’odeur d’un Maurice Leblanc première édition dégotté dans un vide-grenier. Il juge “irremplaçable” le contact avec le papier. Sournois, il est tout le temps fourré sur le Bon Coin afin de bien arnaquer les vendeurs de Série Noire, voire de vases : “C’est de la porcelaine de Monaco. Les gens entravent pas. Ca vaut des masses.” Jacques vit dans un monde où les Verneuil, Ventura et compagnie ont fermé le ban. Pour parler du film de Lautner, il dit “Les Tontons”. Chaque année, Jacques va voir l’aiguille creuse, à Etretat. C’est son “pélerinage”.
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David est formel : “Moi, franchement, le Redbull, ça me fait rien.”
Nonobstant ce constat, il s’en délecte pourtant chaque matin, au volant de sa 206CC. Il y écoute une compil’, intitulée “Compil David Voiture 2”, qui alterne speedcore et makina. A la fin, sur les pistes 13 et 14, on trouve J’ai demandé à la lune et Mistral gagnant : ” des chansons trop émouvantes”.
David vit un dans pur appart en centre-ville, à Dunkerque. Il s’agit d’un espace de 52 m2, fait de crépi, avec un gros canapé en cuir et une Xbox 360. Pour la déco, David entrepose d’immenses bouteilles de William Peel, vides. L’un des plus beaux moments de sa vie fut la découverte d’un pack promo Eristoff : la bouteille était entourée de fourrure synthétique.
Il y eut également le voyage à Disneyland - son oncle avait eu des places avec le club de tir. David avait apprécié le final du “Pocahontas on ice”, très émouvant, mais il formulait un regret : “Franchement, le Space Moutain, ça fait rien.”
Initialement publié dans Chronic’Art #77 : http://www.chronicart.com/

Malgré sa carrure d’ours mou, François, la cinquantaine tôt replète, est toujours celui que l’on oublie à l’heure d’envoyer les invitations au dîner de Noël des Amis de Maurice Frombeure, poète poitevin.
François ne le prend pas mal, assuré de détenir au sein de l’association le rôle de l’éminence grise (trésorier). Et surtout François n’aime rien moins que froisser quiconque : le dimanche soir, enthousiasmé par un film (les Ch’tis), il dit : « pas mal ! » ; dans le cas inverse (un Bruce Willis), il concède : « pas mal. ». Chevallier, qu’il trouve « plus fin », a sa préférence sur Laspalès, qu’il apprécie cependant, au même titre que le poulet basquaise, remplaçant honorable d’une entrecôte frites . Sur tous ces sujets, sa femme Marie-Christine est bien d’accord.
La marotte de François, ce sont les sondages SOFRES sur la consommation des ménages, qu’il commente, le soir, en dégustant le restant de blanquette : « bien vu, ça », « Ah ça c’est marrant, tiens », « Exactement, ça », marmonne-t-il, enchanté.
François s’accorde un excès : l’emploi du mot « berline ».
Initialement publié dans Chronic’Art #76 : http://www.chronicart.com/

Chauffeur de taxi, moustachu, Christian a récemment transporté « une des Noires qu’on voit souvent à la télé, tu sais, celle de la Six ».
Branché en continu sur RTL, Christian trouve intolérable la présence sur les ondes de Stéphane Bern.
Il dit : « Michou, là ».
Le week-end dernier, Christian a fait le salon du deux-roues à Périgueux. Il en a ramené une photo avec deux petites putes blondes qu’il tenait par la taille en souriant. « Y’avait du monde au balcon. Habillées ras la salle de jeux. Avec les yeux qui crient braguette, si tu vois ce que je veux dire. »
Il est rare de ne pas voir ce que Christian veut dire.
Christian aime les documentaires sur l’histoire qui passent à la télé, surtout ceux consacrés à Bob Denard. Parfois, il sombre dans l’introspection, généralement devant Koh-Lanta ou quand il étudie les réclames qu’on dépose dans la boîte aux lettres.L’année prochaine, c’est sûr, Christian achètera un motoculteur, et un deuxième abri de jardin pour ranger le motoculteur.
Lui qui n’a pas la mémoire courte continue à avoir peur des Russes.
Initialement publié dans Chronic’Art #76 : http://www.chronicart.com/

Hervé, comme tous les banquiers, raconte 300 fois par an l’anecdote du jour où ils se sont fait braquer : « J’te promets, y’avait l’arme à quoi…un mètre de ma tête ! ». Conseiller à la Caisse d’Epargne, membre de l’harmonie municipale, cet obèse toujours bien rasé n’a jamais caché qu’il se situait plutôt à droite. Lui qui se définit comme un gaulliste social à, de par son métier, les armes pour décrypter la situation économique actuelle : « C’est pas les traders le problème, c’est au-dessus que ça se passe ». Ce spécialiste de la chemisette translucide a d’ailleurs toujours défendu Kerviel, et déclare : « ça aurait pu tomber sur ma gueule ! ». En effet, s’il avait été répréhensible d’acheter douze actions Eurotunnel à trois euros avec un copain, Hervé serait aujourd’hui en prison. Heureusement libre et propriétaire d’un bungalow au village Pierre et Vacances de Fort-Mahon, Picardie, Hervé profite de ses vacances pour rester chez lui faire les travaux de la véranda, et louer cette résidence secondaire sur le Bon Coin. Homme de goût, Hervé a toujours trouvé ridicules les cravates Mickey, Donald ou Bip-Bip de ses collègues. Lui qui lutte pour une élégance à la française a trouvé, grace à la cravate Joe Bar Team, sa marque de fabrique.
Initialement publié dans Chronic’Art #76 : http://www.chronicart.com/