La liste

Tu t'appelles Maxime. C'est pourquoi tu fêtes ton anniversaire à Courtepaille.
Tu t'appelles Louis. C'est pourquoi Maman lave tes slips souillés.
Tu t'appelles Myriam. C'est pourquoi tu considères que la voyance est une science.
Tu t'appelles Valérie. C'est pourquoi tu fumes à domicile et que tes murs sont jaunes.
C'est ainsi.

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Bonus #25 : Bertrand

Vêtu en toutes circonstances d’un costume gris anthracite satiné et de sous-pull noirs - ”un poil cintrés” -, Bertrand est un fonceur. “On se refait pas”, dit-il. Opiniâtre, il est vite devenu le meilleur agent immobilier de Seine-et-Marne. Et d’après ses dires, il aurait même inventé l’expression “gros potentiel immo pour le 77”. Grâce à son variable, bien négocié - “faut jamais rien lâcher” -, ce nabab du T2bis peut enfin écraser (de son mocassin pointu et laqué) l’accélérateur d’un rutilant petit Qashqai. Individu discret, Bertrand aime rire bruyamment dans les pizzerias raffinées de Melun. Et s’il reprend un demi de chianti, il le commande avec l’accent de Palerme - où il a passé un week-end. En divorcé épanoui, il adore ses lardons, qu’il régale d’un Happy Meal un week-end par mois. Sinon, l’été, il porte des polos aubergine - les mêmes que sa copine blonde - avec, écrit en gros, les mots “St Barth” ou “Avoriaz”. Cet hiver, il crée la sensation auprès des collègues ; il porte une chapka.

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Bonus #24 : Frédéric

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Frédéric vient de terminer la Première gorgée de bière. Il a trouvé ça « assez sympa à lire ». Pourtant il n’aime pas trop la bière, précise-t-il, pour faire sourire. Ce choc artistique était à prévoir : Frédéric a des joies simples. Ainsi à toute heure, il se réjouit à l’idée de prononcer « licence de tennis ».  Cependant, il va rarement « taper la balle », parce que le court est en terre battue. Ça salope les chaussures, c’est chiant. Et franchement, la raquette dans l’appart’ ? Le bordel. Frédéric, échalas gauche à la peau de volaille, est content d’avoir eu 33 ans : toute l’année il pourra répéter sa blague sur « l’âge du Christ », pour ajouter, fine mouche : «  même si je ne suis pas un ange ». Puis « Toutes façons je suis agnostique, alors… ». Avant de conclure : « C’était une galéjade». Et d’expliquer « agnostique ». Puis « galéjade ». Frédéric est toujours plus amoureux que sa copine, moins ambitieux que son collègue - ce que sa copine lui reproche – et aussi embêté que son collègue, qui finit par rencontrer sa copine. Frédéric possède deux Cds de Moby.

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Bonus #23 : Muriel

On n’a jamais vraiment su où Muriel arrivait à choper les mecs qui viennent la chercher à la sortie du boulot, chez Kangou Courses Transport, où elle est secrétaire-comptable. Qu’ils soient blacks, blacks ou blacks (Muriel a « assez donné du côté de la Mecque »), ces individus semblent rassurants, vraiment plus jeunes qu’elle, même s’ils restent extrêmement laids. Cette quinca à cheveux rouges – en 2004, les mèches vertes avaient été un cuisant échec - ne court pourtant pas les boîtes de nuit câlines. A peine passe-t-elle quelques heures en ville le samedi après-midi avec Khadija, sa fille, dans le centre commercial géant (depuis trente ans, elle parle d’une “galerie marchande”). Quand Muriel passe devant Yves Rocher, elle ne s’arrête même plus. Au point où elle en est, le tabac-presse contigu fait figure de refuge. Vendredi dernier, Muriel a regardé Splash, le nouveau spectacle de TF1. Au moment où Jean-Luc Lahaye a plongé, Mouhammadou, son nouveau mec, a rigolé, fort. Muriel l’a fusillé du regard ; Mou a baissé les yeux. Muriel fait son quintal, facile.

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Bonus #22 : Brian

imageBrian a 26 ans et combine, optimiste, une incroyable laideur et des sorties entre potes le samedi soir, exclusivement dans des bars géants de centre-ville, qui ont pour nom « L’Irlandais » ou « Le Scotland Fire ». Ces endroits de délice, qui ont l’avantage de posséder autant d’âme qu’un carré prédécoupé de fromage à croque-monsieur, offrent aux clients la possibilité d’accompagner leur pinte de Stella d’un mélange apéritif rigolo. Brian, burné, se précipite sur les petits biscuits rouges en forme de croissant, très épicés. S’il arrive, malgré son manque total de personna- lité, à avoir une bande de potes, c’est que José, Ludo, Eric et Sylvain semblent former avec lui une équipe de Power Rangers de la désolation.
La preuve : ils se donnent des surnoms. Brian s’appelle donc « Oxbow », à cause des pulls gris de la marque qu’il porte depuis ses 15 ans. A cet âge, Brian était mignon, et lisait des comics. S’il en lit toujours, Brian, quasiment chauve dorénavant, commet aujourd’hui l’irréparable : il les collectionne.

Initialement publié dans Chronic’Art #80 : http://www.chronicart.com/ 



Bonus #22 : Paul

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Paul appelle « mon ami » les serveurs des kebabs et lance « alors, ça va, Papa ? » à tous
les commerçants noirs. A 29 ans, canette de 
Coca Zéro en main, il se recoiffe dans les rétros des Saxo Bic et sourit désormais à la vie. Après une école d’ingé, il a refusé « une vie confor- miste » – dit-il en faisant des guillemets avec ses doigts – pour « enfin se trouver » – mais sans le geste des guillemets. Paul aime le dire : « faut être soi-même, quoi ». Depuis, il laisse le temps au temps, achète Le Monde pour ne pas le lire, regarde des vieux clips de Radiohead sur Youtube, accoste sans espoir de charmantes pépettes et raconte mille fois par mois l’anecdote sur les cacahouètes et l’urine. Par chance, ses parents ont les moyens et lui envoient régulièrement des chèques. Trois fois rien, car Paul s’arrange ; ses potes le dépannent. Parfois, avant de se coucher, il écoute, futé, le hit de Dutronc : Paris s’éveille. Il se dit alors : « Putain que j’suis heureux ». Paul dit aussi « grosso merdo ».

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Bonus #21 : Bruce

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Issu d’une famille de cultivateurs extrêmement isolée, Bruce évoque les lugubres personnages du jeu Qui est-ce ?. Presque chauve, profondément myope, il affectionne les sous-pulls couleur chair, les tricots de laine marron, et ne sourit que lorsqu’il surprend un coït canin. Il déplore sa glabreté, qui le prive de la moustache rectangulaire dont il rêve. Bruce passe tout son temps libre dans la forêt solognote en compagnie de Marie, le teckel familial - un mâle - et de Heinrich, son Opinel. Ensemble, ils caressent pour la centième fois les illustrations d’un antique volume de Tout l’univers – à la page consacrée au supplice des Cathares. Ou bien, ils cueillent de la cigüe. Il s’est fabriqué une tanière dans une clairière, truffée de collets et de trappes, où il se terre, parfois des heures, pour épier les promeneurs, et surtout leurs chiens. Dans sa tête, et lascivement, il appelle cela faire l’anguille. A 14 ans, Bruce ne s’en sort qu’en latin, bizarrement. Méfiant, il n’adresse pas la parole aux gens de son âge, et encore moins aux autres, d’autant que tous s’acharnent à l’appeler « brousse »

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Bonus #20 : Julien

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A 32 ans, Julien aime les gens pas conventionnels. La vue d’une femme au crâne rasé lui fait toujours dire : « putain, t’es trop belle, toi ». Préposé à la BU de Grenoble 2, Julien écoute Radio Libertaire 35 heures par semaine en zonant sur Meetic. Il s’y décrit – en bidouillant son âge et sa photo – comme un doctorant en philo (« Spinoza, Deleuze, tout le toutim ») qui se prend pas au sérieux. En effet, il trouve Sébastien Chabal « trop marrant » et corrige le mot « spam » en « pourriel ». Il signe ses rares mails d’un « littérairement vôtre ». Vêtu d’un Levi’s noir, son uniforme, et d’un pull camionneur large et gris, il adore s’en fumer une petite avec une pucelle de LEA qu’il appelle Mistinguette et à qui il propose un clope, l’air malin. Il cache alors son front dégarni en rabattant sa mèche et commence sa phrase par « moi, quand j’étais à ta place, tu sais… », suivi d’un clin d’œil et du dévoilement de sa dentition incomplète. Pas rien : Julien boit d’importantes quantités de Nestea.

Initialement publié dans Chronic’Art #79 : http://www.chronicart.com/



Bonus #19 : Pierre

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En règle générale, Pierre n’est pas tout à fait d’accord avec ce que tu viens de dire. Il y déplore le manque de précision, à grand renfort de tics faciaux. Et s’il pèse le pour et le contre devant le rayon PQ d’un Leclerc orléanais, c’est parce qu’il est chercheur. Pour France Emballage, certes. Mais comme il n’a rien contre la vulgarisation, il préfère dire « au CNRS ». Protestant dans l’âme, Pierre accorde une importance primordiale aux valeurs, au premier rang desquelles il place l’hygiène intime. L’éthique n’arrivant pas loin derrière, il ne porte que des slips écrus, dont il vérifie la probité à l’heure du pyjama (19h30). Pendant ses études, Pierre jugeait ridicule de dépendre du même ministère que les profs de sport, et trouve qu’il n’y a rien de plus con que d’aller à la plage, à part, peut-être, aller boire un verre ou critiquer Claude Allègre. Pour autant, Pierre ne crache pas sur un brin de rigolade de temps en temps, que lui fournit le site Perlesdubac.fr. Chaque semaine, il s’octroie même  un petit plaisir coupable : le visionnage du Dessous des cartes, bien que selon lui, « ils abusent des couleurs ».

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Bonus #18 : Johann

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Si Johann s’était appelé Yohann, il aurait arboré un petit diamant de plastique en guise de boucle d’oreille dès ses 4 ans, craché sur ses adversaires au foot et considéré la queue de rat comme un principe de séduction. Las, Johann, le vrai, a passé son enfance déguisé en Robin des bois, mangeant des Petits écoliers de LU à tous les goûters et s’intéressant à l’apnée grâce à Luc Besson. Enfant puis adolescent sans écart de conduite, il dérapa une fois, proposant à sa cousine Julie (l’année des J) de l’« enculer à sexe ». Johann, la trentaine aujourd’hui, a réussi son pari : son parcours d’accro-branche commence à marcher, ils installent même une piste noire pour les foufous. A l’instar de ces derniers, « Jo » envisage le pantacourt comme un mode de vie. Evidemment, il connaît une histoire, un pote à lui qui s’est chié dessus, et ça coulait par le bermuda, avec le harnais, t’imagines… Johann n’est pas très drôle. De plus, lors d’une sortie kayak, il achète des packs de Panaché.

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Bonus #17 : Michel

Michel, 62 ans, a le cheveu blanc, jaune, rare mais très long. Du coup, il fait un tabac sur Meetic. Il sert de compagnon occasionnel aux vieilles divorcées du sud de la France. Après une première nuit d’amour, elles n’ont plus d’yeux que pour cet original, que lascivement elles surnomment Mickey, à sa demande. Michel aime à se définir comme un hédoniste : « Moi j’aime la vie, moi », murmure-t-il en trempant sa moustache dans le rouge à lèvres qu’elles ont plein les dents. Michel ne nie pas son vieux côté baba cool. En attestent ses pantalons zoulous fluos et ses t-shirts humoristiques (« Nique »). Lesquels ont succédé au survet’ martial que son employeur, une société de gardiennage stéphanoise, lui a fait enfiler tous les matins pendant quarante ans jusqu’à la quille. Quant à sa Méharie orange, elle remplace sa légitime, dont il ne veut pas le divorce (« pension alimentaire »). Michel vient de  lancer la première pizzeria échangiste (Le Basilic Instinct), pas au Cap d’Agde mais presque (« impôts locaux »). Comme de bien entendu, il escroque la CAF.

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Bonus #16 : Patrick

Patrick, 51 ans, trouve l’invention de la table billard transformable clairement plus ingénieuse que celle d’Internet. Homme élégant, aux joggings repassés, Patrick a fait le choix d’un style passe-partout, si ce n’est son briquet, orné d’une photo de femme, à poil, qui se doigte. Si personne ne connaît vraiment son métier – il travaillerait à l’usine – tous se souviennent du combat qui fit de lui une icône, à Oye-Plage : à la ducasse, alors qu’on avait refusé à Mikaël, un de ses gamins, l’entrée au « bateau pirate géant qui fait dégueuler », Patrick avait frappé un forain. Chez lui, lorsqu’il tombe sur sa photo de mariage accrochée au-dessus du plasma 127 cm, il remarque qu’à l’époque, Valérie était déjà grasse. Patrick a trois garçons : les deux premiers ont un DUT ; le troisième est au chômage, mais il est champion départemental de bowling. Naturellement, Patrick préfère ce dernier. Tatillon, Pat s’occupe beaucoup de sa 406, mais sa maison pue le chien.

Initialement publié dans Chronic’Art #78 : http://www.chronicart.com/



Bonus #15 : Amélie

Amélie insiste : « La tomate est un fruit ». S’agissant de la mode, elle est moins catégorique. Dans une jupe droite en jean Gémo, elle gère le bibliobus de plage, à Biville-sur-Mer, dans la Somme. C’est là qu’elle a fait la connaissance de Ludo, un animateur sportif désireux de découvrir la philosophie et la science. Elle lui conseilla Les Fourmis. En lui rendant l’ouvrage, métamorphosé, il l’invita tout naturellement au Flunch. Ce midi-là, elle avait mis ses boucles d’oreille ananas ; elle prit le Menu express steak haché 125 g. C’était sympa. Hautboïste, elle a hérité du virus familial. Ses parents, mélomanes, géraient le deuxième plus gros fan club français de C. Jérôme. Pour sa part, elle préfère Charlélie Couture, plus foutraque. Elle l’a déjà rencontré en backstage, dans la salle polyvalente Pierre Bérégovoy, après un show. Ce soir-là, elle avait un peu forcé sur le cidre. Depuis peu, Amélie se sent prête à faire l’amour, à s’offrir : Ludovic est peut-être le bon.

Initialement publié dans Chronic’Art #78 : http://www.chronicart.com/



Bonus #14 : Michaël

Michaël avait prévu la crise. Il avait aussi prévu DSK : "Qu’est-ce que tu croyais ?". Quant à Mohamed Merah, il l’avait vu venir : "Fallait bien que ça arrive". Tout comme le score de Marine : "Je te l’avais dit". Ces histoires, ça le fait bien marrer, Michaël (32 ans, agent Carglass), vu qu’il est cynique : "Moi, je suis cynique". Afin que ce soit bien clair, il répète "faut bien crever de quelque chose" dès qu’il allume une Chester et détaille en rigolant les facéties de la saga Saw, qu’il possède en Blu-Ray. Contrairement aux autres, Michaël sait pertinemment que le monde va un jour s’écrouler ("Ca va péter"), qu’on est que des "morbacs accrochés aux burnes de l’univers". Il estime donc que "faut pas se leurrer". C’est la raison pour laquelle il ne croit ni aux élections, ni au mariage mixte, et ricane abondamment quand il entend les mots “développement durable”. Malgré tout cela, Michaël a connu le bonheur, quand un client lui a demandé si c’est lui "qui fait la voix de Bruce Willis".

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Bonus #13 : Jacques

Assureur de profession, Jacques se décrit pourtant comme un bibliovore insatiable. Un "boulimique de bouquins", assume-t-il en amoureux de la “musicalité de la langue”. Créateur d’un forum dédié au polar, il officie sous le pseudo de Sherlock_de_Tulle. Ce Corrézien toujours bien rasé et équipé de lunettes demi-lunes se marre bien, rapport à l’échec des “Aïe-pads” et autres “I-boucs”. Car ce que Jacques aime par-dessus tout, c’est l’odeur d’un Maurice Leblanc première édition dégotté dans un vide-grenier. Il juge "irremplaçable" le contact avec le papier. Sournois, il est tout le temps fourré sur le Bon Coin afin de bien arnaquer les vendeurs de Série Noire, voire de vases : "C’est de la porcelaine de Monaco. Les gens entravent pas. Ca vaut des masses." Jacques vit dans un monde où les Verneuil, Ventura et compagnie ont fermé le ban. Pour parler du film de Lautner, il dit "Les Tontons". Chaque année, Jacques va voir l’aiguille creuse, à Etretat. C’est son "pélerinage".

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Bonus #12 : David

David est formel : “Moi, franchement, le Redbull, ça me fait rien.”

Nonobstant ce constat, il s’en délecte pourtant chaque matin, au volant de sa 206CC. Il y écoute une compil’, intitulée "Compil David Voiture 2", qui alterne speedcore et makina. A la fin, sur les pistes 13 et 14, on trouve J’ai demandé à la lune et Mistral gagnant : " des chansons trop émouvantes".

David vit un dans pur appart en centre-ville, à Dunkerque. Il s’agit d’un espace de 52 m2, fait de crépi, avec un gros canapé en cuir et une Xbox 360. Pour la déco, David entrepose d’immenses bouteilles de William Peel, vides. L’un des plus beaux moments de sa vie fut la découverte d’un pack promo Eristoff : la bouteille était entourée de fourrure synthétique.

Il y eut également le voyage à Disneyland - son oncle avait eu des places avec le club de tir. David avait apprécié le final du "Pocahontas on ice", très émouvant, mais il formulait un regret : "Franchement, le Space Moutain, ça fait rien."

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